Démolition des baraques dans la Commune de Lomé
Des affrontements évités de justesse à Aflao-Gakli
La Délégation de la Commune de Lomé a décidé d’aller en guerre contre des baraques érigées aux abords des grandes avenues. C’est ainsi que les habitants du quartier Djidjolé, du Canton d’Aflao-Gakli, ont été ameutés, le lundi 12 juin dernier, par la visite indésirable des agents de la Mairie. Ceux-ci avaient pour mission, la démolition pure et simple des baraques qui servent de gargotes pour les uns et de boutiques de fortune ou d’alimentation pour d’autres. Les « visiteurs indésirables » ont rencontré une farouche opposition des habitants parmi lesquels, selon des sources informées, des fils du Chef Djidjolé qui désapprouvent aussi l’opération. Mais la mission a pu s’accomplir grâce à l’intervention des Forces de Sécurité appelées à la rescousse par la Mairie. La tension reste tout de même perceptible.
« Pourquoi et maintenant cette action qui porte préjudice à la survie des populations ? », s’interrogent les Togolais. « Pour moderniser Lomé et surtout rendre belle la vitrine du pays. Et c’est maintenant ou jamais », a répondu laconiquement un cadre des services techniques de la Mairie qui a requis l’anonymat. « Il faut aller au marché. C’est au marché qu’on vend et non dans la rue de manière anarchique », vociférait fièrement un des agents de l’opération. « C’est une formule pour organiser le secteur informel », a confié une source proche de la Mairie de Lomé, et d’ajouter : « Il y a nécessité d’organiser et d’encadrer ce secteur qui crée un manque à gagner pour l’Etat ».
Des Togolais balaient d’un revers de la main l’argument de modernisation de la capitale avancé par ailleurs pour justifie cette opération, et s’en offusquent. « Comment comprendre que la démolition de ce qui constitue la source de revenus pour les populations soit la priorité de la « modernisation » alors que les infrastructures routières qui sont la pierre angulaire de tout développement, restent dans son état piteux ?», peste un compatriote.
La conséquence immédiate de cette initiative serait sûrement la croissance du taux de chômage déjà non maîtrisable, et aussi la résurgence du banditisme. Converger tout le secteur informel vers les marchés est un idéal. Mais, est-ce que des places sont prévues pour tous, déjà que depuis belle lurette, les femmes n’ont cessé de dénoncer ce manque criard ? Même si l’idée est bonne, son échec est prévisible du fait que les autorités privilégient la force en lieu et place du dialogue qui passe par la sensibilisation. « Qu’est-ce cela coûte à la Délégation Spéciale d’organiser des réunions de concertation avec les populations cibles et de commun accord, fixer avec elles des dates butoir de démolition afin que tout se fasse dans la paix ? », s’est indigné un vieillard témoin de la scène à Djidjolé.
Didier LEDOUX
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