Sans détour
L’amalgame de la HAAC
« On n'a rien compris à la maladie, tant qu'on n'a pas reconnu son étrange ressemblance avec la guerre et l'amour: ses compromis, ses feintes, ses exigences, ce bizarre et unique amalgame produit par le mélange d'un tempérament et d'un mal » (Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien)
Les malheurs qui frappent actuellement la presse privée togolaise, semblent faire plaisir aux partisans de « moi aussi je vais manger un peu ». Ceux-ci se livrent à des déclarations tapageuses et n’hésitent pas à verser dans les mensonges pour atteindre leur dessein. Chacun y va à sa manière. Mais à la fin, on constate que ce sont des gens qui jouent au Pangloss de la presse alors que tout le monde connaît là où ils sont passés pour se retrouver au sommet.
Réélu le 31 août dernier, le président de la HAAC, Philippe Evegnon, tente, dans une interview accordée au site gouvernemental de la désinformation « republicoftogo.com », de semer la confusion dans les esprits en faisant de l’amalgame. A une question sur les nombreuses plaintes dont sont actuellement l’objet certains journaux de la place, l’ex-Directeur de la publication de « Le Point de la Semaine » a déploré que ce phénomène trouve son origine dans la difficulté des organes de presse à se plier aux recommandations de la HAAC. Mais à ce qu’on sache, pour la plupart des affaires qui sont actuellement devant les tribunaux, les plaignants ne se sont pas adressés à la HAAC pour une première tentative de solution. Ils sont allés directement à la justice. Ce qui est une suite logique des décisions prises lors du dernier séminaire gouvernemental qui s’est déroulé à Kara. Pourquoi feint-on de l’ignorer pour aller chercher les raisons ailleurs ?
« En réalité, tout est parti de la modification de la loi organique relative à la HAAC à la fin de l’année 2009. Après un premier vote de la nouvelle loi à l’Assemblée, les professionnels du secteur ont exigé qu’on enlève à la HAAC le pouvoir de sanctionner un média, en dehors de simples mises en garde ou de mises en demeure. Ils ont insisté et obtenu que seuls les tribunaux aient compétence pour prononcer des sanctions en cas de délit de presse », a ajouté M. Evegnon dans son explication sur les nombreuses plaintes contre les journalistes. Et de se moquer enfin de ces confrères en lâchant : « je suis donc aujourd’hui surpris quand j’entends les journalistes se plaindre de cette cascade de procès ». Un vrai amalgame. Sur cette version des faits, le président de la HAAC est complètement à l’Ouest. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Dans cette nouvelle loi organique de la HAAC, beaucoup de mesures restrictives ont été introduites et pour un oui ou un non, l’institution peut susprendre un organe de presse pour une durée de trois mois et saisir même les matériels s’il s’agit des médias audiovisuels. C’est ce que les organisations de presse et les journalistes dans leur ensemble avaient contesté. Et pour que ces sanctions soient prises, la HAAC devra passer par la justice. C’était l’essence du petit bras de fer qui avait opposé l’institution aux journalistes. Dire autre chose aujourd’hui, c’est faire preuve de mauvaise foi.
Zeus AZIADOUVO